mardi 25 avril 2017

Histoire d'un parcours : Julie et Christian (Chili)

Julie et Christian
Les colonnes de ce blog sont ouvertes aux Français qui font leur vie sur le continent latino-américain. Ce mois-ci, découvrons le parcours de Julie FOUARD et Christian BEAUJANOT, installés à Santiago (Chili) : 

« "Le Chili est le deuxième consommateur de pain au monde, après l’Allemagne. Cependant, il n’y existe pas de tradition boulangère comme nous l’entendons en France. Seules deux variétés de pain se partagent le gros du marché : la "marraqueta", issue d’une recette de baguette à la française, présentée sous la forme d’un bâtard, partagé en quatre, et la "hallulla"», pain blanc de forme ronde et plate.


Il y a bientôt cinq ans, nous nous sommes installés dans ce pays, dans le but d’y développer la marque de boulangerie artisanale Eric Kayser, et d’y apporter le savoir-faire et la tradition du bon pain artisanal au levain.

Pourquoi le Chili ?

D’une part, en raison des origines de Christian, né à Santiago, et qui depuis longtemps rêvait de s’y installer, pour retrouver une partie de ses racines ; d’autre part, l’engouement des chiliens pour la « bonne bouffe » et leur curiosité culinaire. Le pays est malgré tout, relativement éloigné du reste du monde… les nouvelles expériences, en particulier gourmandes, ont tendance à désenclaver culturellement le pays, et les chiliens ne s’y trompent pas : ils apprécient et reconnaissent la qualité.

Ce fut donc un changement radical de vie pour nous deux, qui n’étions pas du métier : Julie, ex-directrice marketing dans le domaine des voyages d’affaires, et Christian, ex directeur des achats dans l’informatique, tous deux au sein de grands groupes multinationaux. 


Ce déménagement international a été un véritable nouveau départ, personnel et professionnel : un projet de vie dans lequel nous avons décidé d’investir l’intégralité de nos économies et nous nous sommes formés à ce nouveau métier. Nos amis et familles nous ont fait confiance en investissant dans le projet, depuis la France. Nous permettant ainsi de lancer l’activité le 19 août 2013.


Trouver un appartement sans avoir de caution ou bien ouvrir un compte en banque sans avoir d’historique local ont été les premières épreuves à notre arrivée. D’autres s’y sont greffées. Mais tout finit par arriver, surtout une fois que l’on comprend qu’il faut faire fonctionner ses contacts.

Comme ont dit ici : "más vale tener amigos que tener plata" (il est plus utile d’avoir des amis que de l’argent).

En ce qui concerne l’activité, bien que nous n’ayons pas trouvé la variété d’ingrédients qui existe en France, nous avons réussi à dénicher d’excellentes matières premières, comme la farine, réalisée sur mesure pour nous, par des moulins chiliens. D’autres sont importées de France, comme le beurre de tourage (beurre conçu pour la fabrication de la viennoiserie), ou de Belgique pour le chocolat de nos pâtisseries.


Eric Kayser, Christian Beaujanot et un des boulangers
Aujourd’hui, la marque Eric Kayser au Chili, ce sont 3 points de vente, 45 employés et des produits d’excellence, reconnus par le grand public ainsi que par les professionnels de la gastronomie. C’est également la fierté de former de jeunes talents à des techniques boulangères et pâtissières qu’ils n’auraient jamais abordées dans leur pays.

Cette réussite relative est une source de fierté d’autant plus grande que nous naviguons dans un contexte économique et politique tendu, avec l’espoir d’un changement de tendance avec les prochaines élections présidentielles locales en décembre.

Notre Business Plan ne prévoyait pas une hausse des salaires d’au moins 20%, et des réformes du droit du travail ou de la fiscalité, qui entraîneraient des difficultés de fonctionnement et d’investissement majeures. Nous devons notre développement à un effort soutenu et constant. Au détriment parfois, de notre vie de famille ou sociale. 

Mais notre espoir reste intact. Nous avons conscience d’écrire une page importante de la gastronomie au Chili et les succès accumulés jusqu’à présent nous prouvent que nous avons raison d’insister. 


Nous sommes aussi un lien incontournable avec nos compatriotes, qui retrouvent avec plaisir, les saveurs du bon pain à la Française et les viennoiseries de notre enfance. 


Notre activité nous permet enfin, de garder un pied en France. La France que nous chérissons du bout du monde et que nous représentons avec fierté et bonheur. »
Ivan Roussan, Christian Beaujanot, Julie Fouard et Pascal Drouhaud (le 4 avril 2017)