vendredi 24 février 2017

Vision Pour Tous, un projet social de grande ampleur au Mexique 1/2

1ère partie (par Frédéric Boulay) :

35 millions de personnes, soit 30% de la population du Mexique, ont besoin de lunettes. Seulement voilà, pas assez d’opticiens... pas assez de magasins d’optique... et un coût trop élevé pour 60% des Mexicains, qui vivent avec moins de 2 euros par jour. 

Alors on oublie. On dé-priorise. On laisse tomber. On s’habitue à vivre dans le flou ou dans un à peu près qui n’est en rien suffisant pour lire, étudier, écrire, ou même reconnaître à distance qui s’approche de vous.

Ne croyez pas que l’on parle que de communautés marginalisées ou de regrettables exceptions. Il s’agit d’artisans qui ne voient plus les minutieux détails de leur travail, d’élèves qui refusent de lire, pour des raisons évidentes, de commerçants qui calculent de travers, ou de chauffeurs routiers qui la nuit devinent plus qu’ils ne voient les obstacles et piétons le long des routes déjà compliquées en général.

En fait, on parle du deuxième problème de santé publique en terme de dégénérescence : vivre à plus de 2 000 mètres d’altitude avec du soleil 300 jours par an provoque par ailleurs des cataractes, surtout quand encore près de 40% de la population vit dans des campagnes retirées ou le métier des champs est le plus fréquent. Mentionnons aussi les 18 millions de membres d’ethnies indigènes originales oubliées du Mexique et de ses institutions, ne parlant souvent pas l’espagnol.

C’est pour cela que Essilor a demandé il y a 3 ans maintenant à la fondation Vivir con salud d’importer son programme social de style “inclusive business” au Mexique. Ainsi, déjà 35 000 personnes ont reçu leurs lunettes de vue ou de soleil. Qualité Essilor, 100% protection U.V., système réflex, de polycarbonate, protection anti rayures, 8 modèles pour femmes, 8 pour enfants et 8 pour hommes. Une patente mondiale “ready to clip” permet, à l’issue du diagnostique réalisé in situ en 15 minutes, à chaque patient de lui remettre des lunettes en 5 minutes, ce qui lui permet de repartir avec et de résoudre immédiatement les problèmes les plus simples de vue fatiguée, hypermétropie, ou myopie.

Évidemment, des problèmes plus compliqués comme celui des astigmates ou des graduations de plus de 6 nous obligent à envoyer au laboratoire les montures choisies pour appliquer des verres d’un autre genre.

Pour une question de modèle économique pérenne, de dignité du patient et d’auto suffisance du programme, une contribution de 5 euros est demandée au patient. Les sourires reviennent sur les visages, les gens vous voient de nouveau et les yeux s’illuminent du plaisir simple et normal de distinguer les formes et les signes : le boulanger nous offre des pains, le taxi nous promène dans tout le village fier comme Artaban, décrivant tous les panneaux comme s’il les découvrait pour la première fois, l’artisan nous offre un exemple de son travail insistant sur les parties minutieuses ; les accolades fusent, les dames reviennent avec leur propre mère, le bruit court dans toute la ville que des optométristes d’une équipe internationale sont venus de la capitale pour aider toute personne qui se présente sur le zocalo, les pas se pressent. 

On a reçu jusqu’à 700 personnes en une journée, 3 000 dans la semaine, les journées commencent souvent à 6h00 du matin et terminent avec le dernier patient à minuit parfois, mais ce qui compte, c'est le cœur léger et l’humeur joyeuse de l’équipe qui participe de la caravane. La satisfaction est énorme et le travail très gratifiant d’un point de vue personnel. On a connu à Zacatlan de las Manzanas des froids de 5 degrés, où les montures étaient tellement rigides qu’on devait les réchauffer d’abord pour insérer les verres et certains d’entre nous paraissaient comme des bonhommes de neige sous toutes leur couche de vêtements, travaillant dans un préau ouvert aux 4 vents. Au contraire à San Juan Raya, les températures de 35 degrés à l’ombre nous obligeaient à offrir aux patients toutes les heures des jus de fruits ou des boissons sucrées pour éviter les crises hypoglycémie

Frédéric Boulay
Président de la fondation Vivir con Salud,
CCE, Directeur du groupe DDFB.

www.vivirconsalud.org

à suivre...