vendredi 27 janvier 2017

El Salvador, 25 ans après. Quels défis pour demain ?

Le 16 janvier dernier, El Salvador commémorait le 25ème anniversaire de la signature des accords de paix de Chapultépec. Ce devait être une fête populaire marquant un processus historique et, à bien des égards, exemplaire.

Les accords de Chapultépec concluait en 1992 des années de guerre entre le gouvernement et la guérilla du front Farabundo marti de Libération nationale (FMLN). A partir de 1979 jusqu’aux accords de 1992, une lutte armée opposait deux visions de la société, dans un environnement international marqué par la rivalité Est-Ouest. Les différences sociales exacerbées, ont conduit dans les années 1970, à un combat idéologique qui s’est transformée en conflit armé. L’Amérique centrale entrait en ébullition : les sandinistes investissaient Managua en 1979 ouvrant une décennie de tensions avec les États-Unis tout en étant un foyer révolutionnaire en Amérique centrale. Le Guatémala s’engageait dans un conflit avec l’Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG), ne parvenant à une paix signée qu’en Décembre 1996. Le Honduras constituait une base arrière d’appui militaire aux forces gouvernementales occidentales, tandis que le Costa Rica préférait revendiquer sa neutralité, sa frontière sud ouvrant sur le Panama.

Pendant toutes les années 1980, les armes retentissaient. Offensives des uns et offensives des autres se succédaient. La guerre froide avait trouvé un terrain d’action fertile : appui aux gouvernements démocrates-chrétiens et nationaux à la fin des années 1980 pour Washington, renforcement des positions sandinistes avec en arrière fond, l’alliance avec Cuba pour l’Est. Les positions restaient malheureusement figées. Le nombre de morts ne cessaient d’augmenter. On parle de 80.000 victimes au Salvador, plus de 200.000 au Guatémala, sans compter les personnes déplacées, blessés ou mutilées.

La chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 a indéniablement fait bouger les lignes. Pour les uns, il apparaissait évident que l’ex-URSS n’allait plus pouvoir continuer à soutenir d’une façon ou d’une autre, les foyers centraméricains. Très concrètement, au Nicaragua, le sandiniste Daniel Ortega ne se représentait pas aux scrutins de février 1990 qui voyaient l’élection de son adversaire, Violeta Chamorro, laissant envisager une alternance. Au Salvador, le FMLN devait accélérer le rythme avant de perdre l’appui logistique militaire : l’offensive « Hasta el Tope » du 11 novembre 1989 (deux jours après la chute du Mur de Berlin), fût d’une rare violence (près de 10% de morts de l’ensemble du conflit sur trois semaines d’offensive) et s’inscrivait dans le bouleversement international qui s’annonçait. Pour sa part, Washington diminuait fortement son aide militaire après l’assassinat
dans des conditions atroces des pères jésuites de la UCA (université centraméricaine). Dès lors, les deux parties n’avaient pas d’autre issue que d’engager des négociations immédiatement. Tout était sur la table : l’intégration du FMLN dans le jeu politique civil, le désarmement, le jugement de faits armés d’extrême violence, la restructuration des forces armées.

Ces débats se concluaient pas les accords du 16 Janvier 1992, qui s’inscrivaient dans une époque où l’idée de la « fin de l’histoire » de Francis Fukuyama sonnait comme la victoire définitive et cristallisée du schéma occidental libéral. Démonstration est faite aujourd’hui du contraire.

C’est d’ailleurs cette réalité qui a tempéré les célébrations des 25 années de la paix : la fête populaire attendue s’est transformée en une commémoration polie, bien organisée mais sans être portée par un élan de joie. Pourquoi ? Parce que la paix à la suite du conflit armé a annoncé une époque durant laquelle le développement économique et social a généré de nouveaux problèmes, notamment celui de la délinquance.
Les luttes entre les « maras », les gangs organisés, ont augmenté le niveau de criminalité à tel point que désormais, dans l’esprit de la population, les bénéfices de la paix sont largement occultés par cette violence civile quotidienne. Les « maras » mettent en relief les défis majeurs de ce pays que constituent la lutte contre la pauvreté, le soutien au secteur productif, l’éducation et le renforcement de l’État

25 ans après les accords de Chapultépec, les défis essentiels d’El Salvador restent liés au développement économique et à la lutte contre la pauvreté, dont la délinquance est une des plus fortes conséquences. Mais, plusieurs points positifs animaient le cœur des célébrations de la paix le 16 Janvier dernier : l’attachement aux fondements d’une paix durable, la volonté de faire bloc pour affronter les défis auxquels la société doit faire face, la volonté d'approfondir la coopération en Amérique centrale, marché de 60 millions d’habitants.