vendredi 30 septembre 2016

Edito septembre 2016 : Réseau consulaire en Amérique latine, arrêtons l’hémorragie !

Comme vous le savez, depuis 2014, le gouvernement a décidé de réduire progressivement le réseau consulaire français partout dans le monde au nom de l’adaptation aux défis du XXIe siècle et surtout de l’assainissement des finances publiques. Parfois, il ferme complètement un poste consulaire comme au Paraguay ou en Amérique centrale ; d’autres fois, il se contente de l’alléger, c’est le fameux passage au PPD (postes de présence diplomatique) qui implique que l’activité consulaire est transférée à un poste de rattachement, le plus proche géographiquement ou le plus facile d’accès.

Ainsi, la France réduit sa présence et ses services consulaires dans de nombreux pays, et en particulier en Amérique latine. Des sections consulaires ont déjà été transférées dans des pays voisins ou vont l’être prochainement : Honduras, Nicaragua, El Salvador, Jamaïque, Sainte Lucie, Trinidad et d'autres encore. Cela pose d’importants problèmes pour les Français résidant dans ces pays. Cela pose plus globalement la question de la stratégie diplomatique de notre pays sur le continent latino-américain.

Premièrement, on ne peut que regretter cette réduction des services consulaires. Elle se réalise sans aucune étude d’impact et sans concertation avec les administrés concernés ni même avec leurs représentants que sont les élus consulaires. 

Le passage en force est évident. Les pétitions légitimes qui se multiplient contre ces disparitions du service de chancellerie (passeport, carte d’identité…) dans certains Etats sont ignorées. Le Gouvernement tente de compenser les désagréments inévitables de cette réforme par des mesures de simplification administrative qui, parfois d’ailleurs, sont heureusement bienvenues. Par exemple, le principe de déterritorialisation permet à un administré de déposer son dossier de demande de passeport auprès de tout service compétent pour le traiter et ce, quel que soit son domicile : les Français vivant dans les Caraïbes peuvent donc se rendre auprès de n’importe quel poste diplomatique ou consulaire, ou encore auprès de nos préfectures dans les Antilles françaises ou en métropole pour y accomplir leur démarche. 

De même, des tournées consulaires seront régulièrement organisées par exemple à San José et à Tegucigalpa par les agents de Guatemala (poste de rattachement pour El Salvador et le Honduras) : tournées au cours desquelles nos compatriotes pourront effectuer les formalités administratives sans avoir à se déplacer (grâce à une valise Itinera modernisée) ; c’est ce que notre secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger a répondu vaguement, en séance le 17 mars 2016, à Michelle Goupil, Conseillère à l'AFE (élue en Argentine) qui l’avait interrogé sur ces questions lors de la dernière session de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) : Monsieur Fekl a été incapable de s’engager à ce que ces tournées consulaires s’effectuent au moins une fois par trimestre. Même flou ce mois-ci dans la réponse du ministère apportée à une question similaire de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam. Pourquoi mettre en application une réforme qui complique tellement la vie de nos concitoyens sans avoir au préalable réellement développé le e-consulat ou donner de nouveaux pouvoirs aux consuls honoraires ? A nos compatriotes de se débrouiller avec ces incertitudes !

Deuxièmement, la réduction des services consulaires dans certains pays n’impacte pas seulement nos compatriotes. Elle affaiblit aussi notre influence diplomatique. Bien sûr, on va me rétorquer que la transformation des postes consulaires en postes de présence diplomatique n’entraîne pas la disparition de nos ambassadeurs et que, au contraire, ces derniers sont maintenus. Cependant, et ce n’est pas moi qui le dis mais un ancien député socialiste spécialiste de ces questions, cette réforme du réseau consulaire n’est dictée que par des considérations budgétaires et n’a pas été réfléchie : elle traduit même « les incohérences de la politique de la France dans cette région » ; la démonstration de Jean Lacombe est imparable : « Notre présence est désorganisée, les découpages administratifs décidés depuis Paris sont souvent irrationnels ». Où est la cohérence ? Où sont les économies ?

Comment étendre notre influence en Amérique centrale et du Sud si l’on réduit les effectifs des postes consulaires et diplomatiques ? Pourquoi délaisser un continent en plein développement économique qui attire de plus en plus de Français ? Comment développer la francophonie si l’on décourage les étudiants de venir en France parce qu’il est trop difficile matériellement d’obtenir un visa ? A ces questions, qui se posent pourtant depuis plus de deux ans, nous n’avons toujours pas de réponse. Dans le domaine diplomatique comme en matière économique, il est dangereux de naviguer à vue. 

Le temps de l’alternance et du sérieux est arrivé. Soyons acteurs de ce changement en 2017.