mardi 30 août 2016

Histoire d'un parcours : Hetty Abadie (Paraguay)

Les colonnes de ce blog sont ouvertes aux Français qui réussissent leur vie sur le continent latino-américain. Ce mois-ci, découvrons le parcours de Hetty Rita M. de Abadie :

« Avant d’arriver au Paraguay,  j’ai vécu trois ans à Buenos Aires où mon mari avait été nommé Directeur financier du groupe Citroën-Argentina. Pour ma part, j’exerçais en tant que professeur de littérature en septième année au siège de l’Alliance Française et je servais d’intermédiaire à la Société des Auteurs et Compositeurs pour les Argentins.




Pour des raisons professionnelles, mon mari a dû se rendre au Paraguay pendant un mois. A notre retour à Buenos Aires, et malgré une opportunité en Afrique du Sud, nous avons décidé de nous installer au Paraguay. Mon mari était tombé amoureux de ce pays qui lui rappelait, par sa terre rouge et l’hospitalité de ses habitants, les pays où il avait vécu en Asie et dont il avait gardé la nostalgie.

Le 14 juillet 2016, avec l'ambassadeur de France (Jean-Christophe POTTON), la consule générale de France (Lydie BODET) et le vice-consul de Buenos Aires.
C’est ainsi que nous sommes arrivés à Asunción en 1974 et que nous avons acheté une ferme de  plus de 23 000 hectares. Hélas, 15 ans plus tard mon mari est décédé d’un cancer et je me suis retrouvée seule avec mon fils franco-argentin et ma fille franco-paraguayenne respectivement de 15 et 9 ans. 

L’aide de camp du président de la République de l’époque, le général Rodriguez, a voulu nous déposséder de notre propriété par des manœuvres irrégulières. Mais, j’ai tenu bon et suis allée devant le tribunal : quatre ans plus tard, j’ai gagné ce procès et, quelque part aussi, l’admiration des Paraguayens. Entre-temps, j’étais devenue professeur de français au Lycée français. 


Il a donc fallu tout recommencer de zéro : relancer sans aucun moyen la propriété qui avait été vidée de son cheptel bovin. L’idée m’est venue alors d’utiliser les caïmans qui peuplaient le lac au milieu de ma ferme ! Après plusieurs démarches et les visites de nombreux experts du monde entier pour obtenir les certificats nécessaires à ce type d’élevage, j’ai commencé à exporter des peaux de crocos en Italie et aux Etats-Unis. Pour m’en sortir financièrement, j’ai passé parallèlement l’examen de traductrice en français-espagnol, puis je suis devenue traductrice jurée auprès de la Cour Suprême de Justice, ainsi que traductrice assermentée auprès des ambassades de France, de Belgique et de Suisse.


Après plusieurs années dans ce commerce, le Paraguay a finalement cessé  l’exportation. Combative, j’ai alors trouvé l’idée de faire certifier mes bois en Oxygène afin de pouvoir les vendre. Avec l’argent récolté, j’ai pu repeupler notre ferme avec des vaches Brangus : notre domaine compte désormais 2 000 têtes de bétail et 20 000 crocodiles et caïmans. A côté de ces activités, je suis aujourd’hui en attente d’une nouvelle autorisation, « incessamment », que m’a promise le Ministère pour reprendre le commerce des produits dérivés de crocodiles. J’appartiens enfin au  conseil de la ASOCIACION RURAL DEL PARAGUAY, une corporation d’éleveurs qui compte plus de 3.000 associés dont le président de la République actuel.


En 2013, avec Pascal DROUHAUD à l'Assemblée nationale (au Palais Bourbon à Paris).
Sur un plan plus personnel, j’ai toujours eu à cœur de m’impliquer tant au sein de la communauté française que de la communauté paraguayenne. Je suis donc membre du Conseil de l’Alliance Française et présidente de la Fondation Société La France, une société philanthropique qui a été fondée il y a 136 ans par les Français qui résidaient au Paraguay et qui se perpétue aujourd’hui en une fondation avec leurs descendants et les Français nouveaux arrivants. Notre ambassadeur en est le président d’honneur. Dans mon quartier enfin, je suis la présidente de la Comision Vecinal, une commission qui s'occupe de tous les aspects de la vie locale.

Pour conclure, j’ai eu bien des moments difficiles dans ma vie mais j’ai appris à être forte. Aujourd’hui, je regarde avec joie ma famille courir le monde et je suis très fière de tout ce mélange. J’adore le Paraguay et je ne compte pas le quitter. Cependant, je garde avec la France - et Perpignan où je suis née - un lien intime, celui de mes racines et de ma langue maternelle. J’y vais deux fois par an pendant un mois. Je dois dire que je suis terriblement  triste de voir mon pays dans un tel état socio-économique et en proie au terrorisme car il représente tout pour moi : j’ai appris à mes enfants l’amour de la France afin qu’ils le transmettent à mes petits-enfants. »


Avec l'ancien ambassadeur de France au Paraguay (Olivier POUPARD) à l'entrée de ma ferme (à gauche) / Quelques uns de mes 20 000 crocodiles prenant le soleil au bord du lac (au centre) / Avec l'ancien ambassadeur de France (Jean-Pierre LAFOSSE) (à gauche sur la photo de droite).