vendredi 29 juillet 2016

Histoire d'un parcours : Janine Gautherot (Brésil)

Janine et Pascal (juillet 2016)
Les colonnes de ce blog sont ouvertes à des Français qui réussissent leur vie sur le continent latino-américain. Ce mois-ci, découvrons le parcours de Janine Gautherot, figure emblématique de la communauté française au Brésil depuis près six décennies et épouse du célèbre photographe Marcel Gautherot (1910-1996) dont la vie et l’œuvre se confondent avec l'histoire du Brésil contemporain :

« J’ai aujourd’hui deux pays : la France, pays de mes origines que je ne jamais cessé de chérir ; le Brésil, pays dans lequel je vis depuis plus de 60 ans parce que je m’y suis viscéralement attachée.

Le Brésil m'a tout apporté : du travail d’abord car j’ai passé 35 ans à l'Ambassade de France, puis au Consulat général ; la joie ensuite d'avoir pu aider mon frère (à Rio de Janeiro depuis 1952) à faire venir notre mère et notre jeune sœur Marie-Claude ; le bonheur enfin d'avoir rencontré, chez de grands amis français, mon mari, Marcel Gautherot, avec qui je me suis tout de suite entendue et dont le talent artistique m'a toujours beaucoup ému.

Notre fils, Olivier, nous a rendu plus heureux encore. Nous résidions à Santa Teresa, quartier de Rio calme et agréable avec nos voisins brésiliens toujours prêts à nous aider au moindre problème.

A la fin des années 1950, Marcel a fait une double rencontre qui allait rendre célèbre son travail, en participant à l'aventure de la construction de la nouvelle capitale, Brasília : il a notamment fait la connaissance du fameux architecte Oscar Niemeyer, qui deviendra son ami, et du Président de la République Juscelino Kubitchek (1956-1961) qui a décidé la création d’une nouvelle capitale et le transfert des pouvoirs constitutionnel (Parlement et Gouvernement). Ce projet gigantesque visait à rééquilibrer la démographie et la richesse du pays essentiellement concentrées sur la côte, entre la capitale politique et culturelle (Rio) et la capitale économique (São Paulo). Marcel a été le témoin privilégié des travaux colossaux et de l’œuvre architecturale qui ont fait émerger une nouvelle ville en seulement trois ans.

Malheureusement, ensuite, ce fut la dictature à partir du milieu des années 1960, pendant laquelle j'ai vu le Directeur de l'AFP être expulsé, sans doute pour avoir prononcé quelques paroles contraires au régime du moment, ou encore le correspondant du journal Le Monde être emprisonné (mais, il put s’en sortir en se cachant et en quittant le pays).

Enfin, au milieu des années 1980, la paix revint et ce fut la routine des jours sans Marcel qui voyageait un peu partout au Brésil pour saisir l'angle le plus favorable pour photographier un arbre, une plante  des éléments d'architecture, les  Brésiliens dans leur vie quotidienne, au travail ou lors de moments de détente pendant le  Carnaval ou d'autres fêtes populaires régionales. Mon époux a ainsi augmenté sa collection de photographies toujours plus belles. Il a été le photographe d'Oscar Niemeyer, de Roberto Burle Marx, du Patrimoine Historique, de l'Itamaraty et j'en oublie certainement.

Après le décès de son père et pour assurer la sauvegarde de sa mémoire, mon fils Olivier a cédé cette collection de 30 000 clichés à l'Institut  Moreira Salles : l'IMS a réalisé et organise encore des expositions de l’œuvre de Marcel, dont la dernière m'a émue aux larmes lors de l'inauguration, le 14 juin 2016 à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, pour l’anniversaire des 20 ans de sa disparition. 
A ne pas rater si vous êtes de passage à Paris cet été : exposition "Marcel Gautherot. Brésil : tradition, invention" du 15 juin au 28 août 2016, Maison européenne de la photographie de la ville de Paris.

Je suis heureuse aussi que le travail de toute une vie soit aujourd’hui étudié par les jeunes générations, comme le montre cet article d’une doctorante en histoire et critique de l’art intitulé : Fotografias de Marcel Gautherot sobre a construção de Brasília na Revista Moduló.

Je souhaite conclure en adressant un mot au peuple brésilien que j’aime tant : je forme le double vœu que les Jeux Olympiques de ce mois d'août se déroulent dans les meilleures conditions possibles pour l’image du Brésil et que, surtout, les Brésiliens réussissent à sortir, dans le dialogue et la paix, de la crise sociale et politique qu’ils traversent depuis plusieurs mois. »

Merci à Janine d'avoir autorisé la publication de ces quelques photos illustrant le travail de son époux Marcel.